Four cendreux
Le fait d’avoir parlé, dans notre première brochure, des pèlerins et intellectuels qui font leurs études hors de notre pays, nous a valu l’honneur de recevoir de nombreuses protestations de la part de gens prétendant se substituer à tous pour nous répondre.
Conscients de nos responsabilités, nous n'en maintenons pas moins nos dires à l’endroit des pèlerins et étudiants. C’est incontestablement une erreur de penser que nous avons fait fausse route en disant, sans équivoque, ce que nous pensons de ces frères que sont les Hadj et étudiants arabes. Car nous avons eu parfois l’occasion de discuter de vive voix, et sans aucune passion, avec quelques-uns de ces coreligionnaires, pèlerins ou étudiants.
Y'a-t-il quelqu'un qui puisse valablement nier ce qui a trait, dans la brochure incriminée, aux pèlerins et étudiants africains ? Oui, certes, mais nous sommes sûrs, quant à nous, que ce ne seront que des rivalités de clocher, une vaine polémique à caractère ostentatoire, qui auront le seul mérite, hélas, de miner le jalon de sagesse que nous nous proposons résolument de contribuer à planter. Que signifie cette attitude ? Ils sont comme des FOURS CENDREUX. On ne peut y entretenir le feu qu’après les avoir vidés de toutes ces cendres qui les obstruent, bouchant toute voie d’aération.
Nous ne saurons, en conséquence, que conseiller fraternellement ces coreligionnaires de consulter l’éminent Docteur Fauchet, ce spécialiste des troubles nerveux. Alors, et alors seulement, ils pourront prendre place parmi nous, en famille, et profiter éventuellement de nos causeries.
D’ailleurs, nous sommes persuadés que ceux qui doutent du bien-fondé de nos propos relatifs aux Hadj et étudiants n’ont point contacté tous les pèlerins, tous les étudiants. Comment donc peuvent-ils, ces polémistes, s’arroger le droit de repousser systématiquement nos propos, au nom de tous les pèlerins et étudiants, sans consulter les uns les autres ?
Avant de démentir ceux qui assument la responsabilité d’écrire, il eut été plus sage de connaître les diverses contingences qu'ils ont considérées, de déceler les catégories de croyants, celles qui servent effectivement l’Islam et celles qui œuvrent clandestinement à sa décadence. Or, pour ce faire, il s’avère indispensable de posséder certaines notions de psychologie des foules...
Encore une fois, notre brochure n’a aucun caractère insultant. Elle voudrait simplement tirer le musulman africain de sa léthargie séculaire que rien, du reste, ne justifie, l’appeler sur l’arène des discussions saines qu’il ne faut jamais confondre avec la polémique déraisonnable, seules profitables et salutaires. Ceux qui ont conçu cette brochure ont bien commencé par une autocritique qui ne saurait échapper à aucun homme de bonne foi.
Lorsque vous éprouvez une sensation de douleur vive, vite provoquée par la piqure d'une bestiole, votre première réaction est d'arracher cette bestiole. Laisser celle-ci continuer de vous piquer ne calme point votre souffrance. C'est pour cette raison que nous prenons la plume, afin que chacun s'efforce de soigner la piqure dont il est victime. Nous n'avons pas un autre dessein. Mais ce n'est pas en polémiquant que nous atteindrons celui-ci.
On nous reproche aussi, toujours dans notre première brochure, d’avoir adoré le Prophète MAHOMET (PSL), qui, prétend-on, ne doit guère l’être ! « Le Prophète qui fut et demeure le Sauveur, le Guide de l’Humanité, celui que nous adorons réellement », lit-on dans la première brochure. Seulement, nous tenons à la disposition de celui qui le désire l’original de nos écrits pour la même phrase ci-dessus. Il y a eu une regrettable erreur de frappe. Voici la phrase telle qu’elle figure à l’original : « le Prophète qui fut et demeure le Sauveur, le Guide de l’Humanité vers Celui que nous adorons réellement ». Nous précisons, contrairement à ce que nous reprochent certains, que nous n’avons pas loué le Prophète outre mesure, puisque nous avons dit à l’original « vers Celui que nous adorons réellement », c’est-à-dire que nous adorons DIEU à travers Mahomet (PSL), qui est notre guide auprès du Tout-Puissant.
D’ailleurs, la rhétorique française ou arabe admet que notre adoration aille à Mahomet (PSL), sans empiéter toutefois sur les mérites du Créateur lui-même. Voici l’explication que le Larousse du XXe siècle donne au mot adoration : « ...Action d’adorer. Par extension : digne d’être aimé avec passion, aimer jusqu’à l’adoration. »
Nous n’ignorons pas que ce mot n’a plus aujourd’hui qu’un sens rigoureux et signifie uniquement : le culte suprême qu’on rend à DIEU. Mais, avec tout cela, on peut dire : adorer quelqu’un, si cela signifie : aimer éperdument ou admirer aveuglément : adorer sa mère, adorer un auteur... « Les femmes du monde font vanité de traîner à leur suite une foule d’adorateurs » (SAINT-ÉVREMOND)
« Les flots toujours nouveaux d’un peuple adorateur » (RACINE). Nous savons qu’un écrivain a dit : « on honore la Vierge et les Saints, mais on adore que DIEU seul. » Mais c’est le sens qui compte. Si vous voulez bien demander à M. SENGHOR LÉOPOLD... « Celui que nous adorons réellement » veut dire : celui que nous aimons passionnément, sincèrement, effectivement. Le Coran stipule : « la personne des croyants appartient plus au Prophète qu’à eux-mêmes. » Donc, il est entendu que ce n’est point un blasphème que d’adorer Mahomet (PSL), dans le sens d’aimer passionnément.
Tout en reconnaissant l’erreur de la dactylographe, erreur dont nous l'excusons bien sincèrement, nous croyons apporter à quelques détracteurs toutes les précisions désirables sur le mot adoration. L’on conviendra avec nous que nous pouvons adorer le Prophète sans donner une entorse à la rhétorique française ou arabe, sachant qu’au-delà de lui, MAHOMET, il y a le CRÉATEUR, le MAÎTRE ABSOLU, l'INCONTESTÉ.
« L’homme ne doit s’humilier devant personne, sauf devant le Créateur », écrivent nos polémistes après avoir crié : « On ne doit adorer que DIEU, et non Mahomet ! »
Cela est une vérité de La Palice, mais que nos « moralistes » n’ont pas prise au sérieux. Conséquemment, elle appelle une petite mise au point.
Nous sommes indiscutablement esclaves des rigueurs de la discipline que nous impose un chef à l’atelier, au bureau, au chantier, etc. En un mot, nous adorons bien le patron qui, croyons-nous, tient nos destinées entre ses mains. En conséquence, puisque nous nous plions à bon escient à la discipline que nous impose le chef que nous craignons et adorons à la fois, pourquoi ne le ferions-nous pas à l’endroit de l’envoyé de DIEU ?
Non ! Le but réel, inavoué de nos détracteurs est précis : profiter des causeries que nous avons organisées pour désapprouver ceux qui, dans le domaine religieux, sont les dirigeants conscients et réfléchis. Il est clair, d’ores et déjà, que la protestation des agitateurs contre le mot adoration du Prophète n’est qu’un paravent, un moyen par lequel ils veulent passer pour atteindre leur but infâme, qui n’est rien moins que de discréditer, désavouer ce qu’ils haïssent sans raison valable. Et DIEU a proclamé dans le Coran : « vous qui croyez en moi, craignez-moi et recherchez un intermédiaire entre vous et moi, qui puisse vous conduire à moi ».
Quoique nous sachions qu’en général, le Coran ne fait que résumer les Pensées Divines, nous comprenons, par ce qui précède, que pour jouir des biens terrestres que prodigue le Créateur, il faut avoir un métier ou savoir « se débrouiller » dans la vie. Pour être en bonne santé, il faut absorber les remèdes. Les remèdes sont les intermédiaires entre la santé et vous. Par conséquent, pour atteindre DIEU et bénéficier du Salut, il faut absolument passer par un intermédiaire.
Le Prophète Mahomet (PSL), avant sa disparition, bien qu’il nous ait légué le Coran et les Hadith, ne nous en a pas moins laissé des califes, qui étaient et demeurent les continuateurs de son Œuvre Religieuse. Lorsque, naguère, l’autorité de ces derniers était bafouée, et quel qu’en fût le prétexte, les coupables étaient impitoyablement exécutés, séance tenante. C’était assurément pour sauver l’honneur des califes et empêcher les désaccords entre eux et les autres croyants, et, partant, prévenir la division des musulmans. S’il est vrai qu’on doit déclarer une guerre sans merci aux « faux marabouts », il n’en demeure pas moins exact, malgré tout, que cela ne doit jamais servir de prétexte à personne pour offenser les authentiques dirigeants religieux, conscients, réfléchis et honnêtes.
La littérature coranique n’a-t-elle pas permis aux musulmans de se familiariser avec tous les grands systèmes, à la seule condition qu’un souffle de Dieu, qu’un souffle divin, y soit maintenu ?